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نسخة كاملة : Hyta Lak, L'appel d'une amoureuse sans rivale
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Hyta Lak
L'appel d'une amoureuse sans rivale




Note
La femme de Potiphar est citée dans l'Ancien Testament (Genèse:39.1/39.20). Le Coran qui l'appelle "la femme d'Al Aziz" lui dédie un passage d'une beauté sans égale (XII- 20/52). Nous nous contenterons ici de commenter le récit coranique, sans souci de comparaison. Notre objectif est de réintérprêter cette figure féminine qui nous semble être encore de toute actualité. Zulikha, ainsi que l'appellent les éxégètes musulmans, est à notre sens la femme qui appartient à un passé très lointain mais qui nous est également contemporaine par sa pensée étonnante. On reconnaît en elle la femme postmoderne pour qui les extrêmes se touchent.

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Joseph (psl) fut vendu, enfant, à vil prix par ses frères . L' Egyptien qui l'acheta, ordonna à son épouse de le traiter avec munificence. Il en fut ainsi jusqu'à ce moment exceptionnel qui puisse survenir dans la vie d'une femme mariée, très fidèle, et très respectueuse, où, ne pouvant plus résister au charme de l’étranger, oublie son devoir, sa fidélité, et, transportée par les flots d'un désir diluvien, laisse enfin échapper la formule magique du désir tout-puissant: « hyta lak » (Je suis à toi). Moment qu'aucune femme au monde n'a vécu mieux que Zulikha. Aucune femme au monde n'a eu à la fois l'extrême honneur et l'extrême malheur de s'éprendre d'un homme si beau et si décevant. Son charme la séduit, sa piété la repousse. Les deux logiques se rencontrent enfin, l'une en face de l'autre: toutes les conditions sont satisfaites pour un acte qui serait, selon elle, non pas une trahison gratuite, mais la plus belle et la plus légitime de toutes les trahisons. Une femme si belle, souffrant de l'absence de son mari d’un côté, et de l’autre de la présence d'un étranger dans son espace intime. Le mari, absent. Il l'était chaque jour, même quand il était présent la nuit, sur le lit. Il avait de l'argent et du pouvoir, et pouvait procurer à son épouse tout ce dont elle avait envie, sauf ce joli cadeau nécessaire à la vie d’un couple. La trahison ne serait-elle pas, selon la logique du désir, assez légitime dans pareille situation?
Mais il n'y a pas que cela. S'ajoute à l'impuissance du mari, la magie du corps de l'étranger. Vigoureusement virile, et d'une beauté sans nulle autre pareille. Aux plumes des romanciers de rivaliser dans la description de son portrait, autant que faire se peut, jamais ils ne pourront imaginer la beauté de cet homme au visage angélique. Zulikha, elle, ne se l'imaginait pas, elle le voyait de ses propres yeux, et son regard la remplissait d'un désir infernal. Lequel désir lui suffisait amplement pour légitimer la fameuse formule magique, « hyta lak », prononcée par-dessus la morale. Bonjour la postmodernité!
Pourtant il n'en était rien. A son point culminant, le désir de la femme affolée se heurte imprévisiblement au mur de la déception. L'étranger réagira étrangement, selon une autre logique, celle notamment de la foi. A la séduisante "hyta lak", il opposera la merveilleuse formule de la crainte: « Qu'Allah me protège! ».

Zulikha n’était pas musulmane, lato sensu, elle ne partageait pas la même religion avec Joseph, et ne pouvait donc pas comprendre la force miraculeuse de cette formule émanant d’un cœur plein de foi. Elle s’élança derrière Joseph qui lui tourna le dos, essayant de se sauver, et lui déchira la chemise. Et bonjour au mari qui survient accompagné de l’un des siens. Aura-t-elle le courage de s’avouer coupable? Non, hors de question. C’est la faute à Joseph, dira-t-elle, c’est lui qui a tenté de la séduire. Il y a plus, elle réclamera justice, et demandera que Joseph soit jeté en prison, ou qu’il subisse des châtiments douloureux. Plus d’amour, plus de désir. Le cœur de Zulikha est maintenant plein d’hostilité, et ne cherche plus qu’à se venger. Mais comment le mari peut-il savoir la vérité ? Il a certes une grande confiance en Joseph, il connaît sa droiture, il est sûr de sa fidélité, mais la situation demande tout de même une preuve. Y a-t-il une méthode pour connaître la vérité?

Ils étaient seuls dans la chambre à coucher. Donc aucun témoin oculaire. Pourtant le texte coranique emploie le mot « témoin» pour désigner la personne, l’un des siens, qui a proposé au mari une certaine méthode de raisonnement pour conclure à la vérité de l’un des propos contradictoires, celui de Zulikha qui accuse Joseph, et celui de Joseph qui accuse Zulikha. Le mot témoignage est ici un concept coranique qui signifie non pas, comme dans son sens ordinaire, un discours sur le perceptible, sur la réalité donnée, ou sur le ressenti, mais plutôt sur l’imperceptible, sur la vérité construite selon une méthode rigoureusement rationnelle. Nous étions étonné de découvrir que ce témoignage rendu par «l’un des siens» est rigoureusement conforme à la logique mathématique, comme elle a été découverte au 20° siècle.
Voyons de plus près ce formidable raisonnement d’un Egyptien qui a vécu des millénaires avant la découverte de la logique mathématique :
« 25. Et tous deux coururent vers la porte, et elle lui déchira sa tunique par derrière. Ils trouvèrent le mari [de cette femme] à la porte. Elle dit: ‹Quelle serait la punition de quiconque a voulu faire du mal à ta famille sinon la prison, ou un châtiment douloureux?›
26. [Joseph] dit: ‹C'est elle qui a voulu me séduire›. Et un témoin, de la famille de celle-ci témoigna: ‹Si sa tunique [à lui] est déchirée par devant, alors c'est elle qui dit la vérité, et lui est du nombre des menteurs.
27. Mais si sa tunique est déchirée par derrière, alors c'est elle qui mentit, tandis qu'il est du nombre des véridiques›.»
On reconnaîtra ici deux implications :
1- La première implication contient une prémisse fausse et une conclusion fausse, et donc elle est vraie :
Si sa tunique [à lui] est déchirée par devant (prémisse fausse),alors c'est elle qui dit la vérité, et lui est du nombre des menteurs (conclusion également fausse, car ses deux propositions conjointes sont fausses).
2- La seconde implication est également vraie, mais elle, elle contient une prémisse vraie et une conclusion vraie :
Si sa tunique est déchirée par derrière (prémisse vraie), alors c'est elle qui mentit, et lui est du nombre des véridiques (conclusion également vraie, car ses deux propositions sont vraies).
On ne peut que saluer le génie de ce témoin égyptien qui a eu cette illumination à une époque où notre logique mathématique était nulle et non avenue. Zulikha dont l’ardent désir vient d’échouer devant l’inébranlable foi de Joseph, voit son mensonge également échouer devant la logique mathématique d’un témoin impartial, bien qu’il fût des siens. Ni le désir ne peut triompher de la foi, ni le mensonge ne peut triompher de la logique.

Zulikha reconnaîtra la vérité depuis lors. Elle aura le courage d’avouer que c’est elle qui a bel et bien séduit Joseph. Pourtant si elle a renoncé au mensonge, elle n’a pas accepté de renoncer à son désir. Elle croit que celui-ci est légitime. Elle tire son argument irréfutable de la beauté angélique de Joseph, devant laquelle aucune femme sur terre n'aurait pu résister. Et pour montrer qu’effectivement son argument est irréfutable, elle va le faire valider non pas par la logique mathématique, mais tout simplement par le sentiment féminin le plus spontané et le plus sincère devant la beauté cruelle de cet homme qui ne se laisse pas charmer par la magie de l’appel féminin:« hyta lak »:
30. Et dans la ville, des femmes dirent: ‹La femme d'Al-Aziz essaye de séduire son valet! Il l'a vraiment rendue folle d'amour. Nous la trouvons certes dans un égarement évident.
31. Lorsqu'elle eut entendu leur fourberie, elle leur envoya [des invitations,] et prépara pour elles une collation; et elle remit à chacune d'elles un couteau. Puis elle dit: ‹Sors devant elles, (Joseph!) › - Lorsqu'elles le virent, elles l'admirèrent, se coupèrent les mains et dirent: ‹A Allah ne plaise! Ce n'est pas un être humain, ce n'est qu'un ange noble!›
32. Elle dit: ‹Voilà donc celui à propos duquel vous me blâmiez. J'ai essayé de le séduire mais il s'en défendit fermement. Or, s'il ne fait pas ce que je lui commande, il sera très certainement emprisonné et sera certes parmi les humiliés›.
Zulikha ne ment plus maintenant. Non pas seulement parce qu’elle a été éduquée à la logique, mais parce que le mensonge ne peut pas servir son atroce désir. C’est dans la sincérité qu’elle puisera désormais son argument. Le désir est là, naturel, tout-puissant, irrésistible, indépassable, indestructible, et il n’y a pas une seule femme au monde qui puisse prétendre demeurer indifférente au charme de Joseph.
En avouant la vérité, Zulikha pose le problème plus profondément. Elle a compris que le mensonge ne servira pas à grand-chose. C’était au début une simple arme pour triompher de la honte. Mais maintenant, surtout devant ses congénères, la honte n’a plus droit de cité. Force est de repenser le désir dans l’horizon de la vérité, loin de la fausse morale qui oublie la nature humaine. Que pouvait-elle faire si devant la beauté de Joseph nulle femme ne peut résister? Si d’autres femmes se sont même laissé inconsciemment couper les mains à la vue de Joseph ? N’était-elle pas excusée de le désirer, elle qui le voyait chaque jour éclairer le palais de ses resplendissantes lumières? Elle qui, aux dires de certains commentateurs, avait un jour saigné et son sang écoulé par terre traça le nom de Joseph !!! Un record jamais battu. Zulikha est une amoureuse sans égale.


La logique de Zulikha devient ainsi la logique non pas d’une femme mais de la femme. En montrant à ses congénères qui lui reprochaient sa passion qu’elles n’étaient guère mieux qu’elle, elle les a aidées à mieux réfléchir sur la question du désir. Si le désir est irrésistible, au lieu de le juger, force est plutôt de chercher à s’en débarrasser. Et ce, de l’une des deux manières : ou bien le détruire, ou du moins l’affaiblir, en l’assouvissant, ou bien en détruire l’objet ou du moins l’éloigner de son champ visuel : loin des yeux loin du cœur ! Elle l’a déjà dit à son mari au début :
‹Quelle serait la punition de quiconque a voulu faire du mal à ta famille sinon la prison, ou un châtiment douloureux? ›
Et voilà qu’elle le répète encore une fois, mais avec une certaine tendance à la légèreté. Elle semble qu’elle ne désire plus détruire entièrement la beauté de Joseph par des châtiments douloureux, elle veut seulement l’emprisonner et l’humilier. L’emprisonner pour l’éloigner de son regard, l’humilier pour rendre justice à son amour-propre qui fut lui aussi humilié. Mais aussi très certainement pour faire pression sur Joseph, car elle souhaite encore qu’elle se résigne devant sa menace, et surtout pour ne pas le libérer, par jalousie qu’une autre femme ne le lui prenne. Aussi nous trouvons-nous enfin devant le duel décisif entre la foi et le désir. Zulikha va jusqu’au bout de son désir et en tire la dernière conséquence logique : la vengeance. En effet, devant le refus de Joseph, le désir devient de plus en plus obstiné et va jusqu’à se métamorphoser en haine déclarée. La haine est l’autre face du désir. Point de désir humilié qui ne se venge!
Zulikha a ainsi joué toutes ses cartes. Pourtant elle n’a pas triomphé. Il y avait quelque chose dans la logique de Joseph qui résistait à la fois à son mensonge et à sa sincérité, à son désir et à son hostilité, à son honorification et à son humiliation. D’où lui venait cette force mystérieuse?
Comme Zulikha, Joseph croyait que le désir est naturel, mais contrairement à elle, il avait la profonde conviction qu’il n’est pas indépassable. Sa foi en Dieu lui a ouvert un horizon si large pour dépasser l’indépassable, pour vaincre l’invincible.
33. Il dit: ‹Ô mon Seigneur, la prison m'est préférable à ce à quoi elles m'invitent. Et si Tu n'écartes pas de moi leur ruse, je pencherai vers elles et serai du nombre des ignorants› [des pêcheurs].
Aucune fausse prétention. Joseph reconnaît humblement qu’il a un penchant naturel vers les femmes, par politesse, bien qu'il ait cette étrange impeccabilité des prophètes. Mais s’il est par-lui même incapable de se protéger contre son désir, à en croire le sens apparent de ses paroles, son Seigneur, Lui, est capable de le protéger contre. D’où la fameuse formule d’invocation, « que Dieu m’en protège ! », qu’il avait prononcée pour déjouer la magie de « hyta lak ». La foi en Dieu ouvre la logique humaine sur la possibilité de l’impossible. Grâce à l’aide de Dieu, le désir perd de sa toute-puissance, il reste sûrement assez fort mais somme toute dépassable. Joseph acceptera le défi de Zulikha, acceptera «sa justice», la mènera jusqu’au bout de son raisonnement, de son désir et de sa haine, pour lui apprendre une autre logique qui lui était jusque-là inconcevable : la logique de la foi. En effet, Zulikha sera étonnée par la force mystérieuse qu’il y avait dans la foi de Joseph. Et après avoir vu comment son Seigneur a tourné les événements en sa faveur, elle a admis ce qui était inadmissible :
51. Alors, [le roi leur] dit: ‹Qu'est-ce donc qui vous a poussées à essayer de séduire Joseph? › Elles dirent: ‹A Allah ne plaise! Nous ne connaissons rien de mauvais contre lui›. Et la femme d'Al-Azize dit: ‹Maintenant la vérité s'est manifestée. C'est moi qui ai voulu le séduire. Et c'est lui, vraiment, qui est du nombre des véridiques!›
52. ‹Cela afin qu'il sache que je ne l'ai pas trahi en son absence, et qu'en vérité Allah ne guide pas la ruse des traîtres.
53. Je ne m'innocente cependant pas, car l'âme est très incitatrice au mal, à moins que mon Seigneur, par miséricorde, [ne la préserve du péché]. Mon Seigneur est certes Pardonneur et très Miséricordieux›.
Il est vrai qu’en règle générale l’égo incite au mal, mais il y a une exception à cette règle. La miséricorde divine permet d’échapper au désir qui y règne en maître absolu.
Zulikha a bien compris cette exception. Et c'était là le but de Joseph, qui jouait à la fois le rôle du valet, de "l'amant" et du maître spirituel qui l'initiait au mystère de la foi.

Zulikha étonne par son courage. Elle a osé tenter de séduire un prophète, elle a osé défendre son désir auprès des femmes qui le lui reprochaient, et de le défendre même par l’abus de pouvoir, et puis quand elle s’est convertie, elle a osé avouer sa faute au vu et au su de tout le monde. Rien ne l'a empêché d'élever sa voix pour crier la vérité, Certains commentateurs disent que Zoulikha est passée du désir à l’amour. Au début elle aimait Joseph pour elle-même, elle voulait le posséder. Mais quand le véritable amour a touché son cœur, elle a défendu la réputation de son amant au détriment de la sienne. Sa foi en Dieu lui a permis de revivre l’amour en stricte équation avec la vérité et la fidélité. A-t-elle été récompensée? Plus qu’elle ne le souhaitait. Joseph l’épousa, et pria pour qu'Allah lui rendît sa jeunesse et sa beauté, et l'on dit qu’un jour ce fut lui qui l’eut invitée au lit, et ce fut elle qui refusa. Justice lui aurait été rendue. Quand l’Amour de Dieu toucha son cœur, il en effaça tout. Joseph fut certainement au comble du bonheur de mener sa femme au bout de son trajet initiatique. En s'effaçant ainsi, il éleva son âme tout près du Seigneur: sa beauté humaine, quoique sans égale, n'était qu'une burka de la beauté divine.

NB
Enfin, voici la première partie de ma réponse! icon_smile
Je vais tenter une réponse doublement profane: D'une part, on est en présence d'un commentaire savant témoignant d'une longue fréquentation à la fois du texte sacré et de la tradition exégétique, autant de qualités qui réduira le lecteur à l'admiration silencieuse, ce qui n'est pas le dessein de l'auteur; D'autre part, le sujet de la réflexion est un texte sacré imposant une certaine limite à l'interprétation. Ainsi à titre d'exemple, une approche d'inspiration psychanalytique risquerait fort bien d'être profane.

Mais je dois tout d'abord avouer que j'ai maintes fois lu, relu et entendu ces versets de la sourate Youssef, il ne m'a jamais venu à l'esprit qu'ils peuvent donner naissance à une telle méditation philosophique ! oui, il s'agit bien d'un commentaire digne de figurer dans un chapitre d'un traité de philosophie consacré au désir. En témoignent ces quelques passages, parmi tant d'autres:

إقتباس :Point de désir humilié qui ne se venge (...)
Force est de repenser le désir dans l’horizon de la vérité, loin de la fausse morale qui oublie la nature humaine (...)
Ni le désir ne peut triompher de la foi, ni le mensonge ne peut triompher de la logique (...).
Si le désir est irrésistible, au lieu de le juger, force est plutôt de chercher à s’en débarrasser (...)
Donc c'est bien du désir qu'il s'agit: de sa puissance de déluge, de ses étrange soubresauts, de ses extrêmes et de ses métamorphoses. Mais au delà du désir, il s'agit de l'homme tout court. C'est l'âme défiant et se défiant de la chaire! de sa propre chaire. Zolikha et Joseph ne sont-ils pas deux facette d'une même réalité: l'Homme. Le désir n'est-il pas l'essence de celui-ci? comme le dira un Spinoza. Les anges dit-on, n'ont point de désir. Or justement, Joseph (que je vais dorénavant appeler par son nom arabe de Youssef pour préserver toutes les connotations liés à la phonétique du mot) eut dit-on encore une beauté angélique. Et l'ami Noureddine d'ajouter que sa beauté n'est qu'une burka de la beauté divine. Les femmes de la haute société d'Égypte le prirent pour un ange. Elle durent ajouter: « Ce n'est pas un être humain, ce n'est qu'un ange noble ! » (Mouhammad Hamidullah 1959). Kasimirski(1841) traduira: "…un ange adorable."
Comme on peut le pressentir, la tentation ,subtile soit-il, de diviniser Youssef est grande. C'est pourquoi mes propos se limiteront à analyser l'humanité du désir. Je vais m'efforcer à en esquisser une anthropo-logie plutôt qu'une théo-logie. Je vais tenter un exercice périlleux: Rendre hommage à une femme qui, derrière ce nom si énigmatique et si poétique de Zolikha symbolise à la fois la déchéance et la noblesse de l'homme, capable d'errance avec désinvolture et de repentance avec ferveur. En cela, l'analyse entrepris par l'ami Noureddine me fut d'une grande inspiration car il a eut le grande mérite de voire à travers le récit coranique les jalons d'un parcours initiatique pour Zolikha.
Mon point de vue s'explique aisément parle fait que je ne peux songer à rivaliser avec les grands commentateurs de la Tradition pour mettre en évidence la sainteté de Youssef, sa foi inébranlable et son attitude impassible devant les manœuvres passionnelles de Zolikha. Somme toute, c'est un prophète, un élu de Dieu. Or l'impassibilité n'est pas seulement le signe de sainteté mais également de divinité. C'est peut-être la raison pour laquelle les chrétiens ont pris le Christ pour un dieu incarné. Celui-ci n'a pas refusé la tentation d'une femme, mais des femmes, en optant pour la chasteté totale et définitive!
Mais le Coran, comme dans d'autres passages sur d'autres prophètes, a bien pris le soins d'affirmer l'humanité de Youssef bien perceptible dans cette prière: ‹O mon Seigneur, la prison m'est préférable à ce à quoi elles m'invitent. Et si Tu n'écartes pas de moi leur ruse, je pencherai vers elles et serai du nombre des ignorants› [des pêcheurs]
Maintenant, qu'en t-il de Zolikha, qui figure l'homme sans ambiguïté?
Zolikha ou l'enfant prodige
Je soupçonne chez Zolikha les symptômes de l'enfant prodige, des réminiscences de l'enfance, d'une mariée qui, inconsciemment peut-être, ne confond mari et père, non sans une complicité du premier…
A suivre
Enfant prodige et mari père
Zolikha présente tant de signes d'un enfant prodige, jouissant de la complicité d'un mari qui se plaise dans le rôle du père. Probablement, il fut plus âgé qu'elle. Et certainement il est la plus part du temps loin d'elle, auprès du pharaon assistant aux cérémonies et réceptions, supervisant les magasins, comptant les trésors, ou visitant les fortifications aux confins du royaume… C'est un homme d'État absorbé par les Affaires, ce qui ne lui laisse que peu de temps pour vaquer aux devoirs de la vie conjugale. On ne me manquera pas de constater que la mariée, même choyée par les courtisanes du palais, se lasse et sent la solitude.
Comment interpréter alors que dans de telles conditions, Putiphar ait l' idée de lui acheter un beau garçon !? Aurait-il eu l'idée qu'elle a besoin d'un jouet pour se divertir? N'oubliant pas, que dans le passé, ou il n'y avait pas de vrais jouets, capables de contenir les caprices des petits, valets, servants et servantes ont été souvent pris pour des jouets par les petites princes gâtés! Bon gré, mal gré! Et pour cause, Zolikha le traitera effectivement comme un jouet devant se plier aux désirs et fantasmes de l'enfant jouant. Et quand Youssef refusa de jouer le jeu, il fut , littéralement, jeté (en prison).
L'expression employée par le Coran prête légèrement à équivoque: "celui qui l'a acheté d'Egypte pour sa femme dit …" ou bien "Et celui qui l'acheta était de l'Égypte, Il dit à sa femme"
Les raisons de cet achat sont pour le moins ambigus:
-Pour qu'il ne soit utile
-Pour l'adopter
L'adoption n'est envisagée qu'au deuxième rang. Mais de quelle utilité sera capable ce jeune garçon pour un vizir? Le palais de celui-ci manque-t-il de valets? Rien n'est moins improbable! Serait-t-il élevé pour devenir secrétaire gardant des secrets ou un garde du corps veillant à la sécurité personnel du vizir..?
Qu'en-t-il de la deuxième raison? Il n'est pas exclu que Youssef fut acheté pour être adopté par un couple n'ayant pas d'enfants. Comme tout riche soucieux de la postérité de ses richesses, Putiphar pensait peut-être à sa succession. C'est possible d'autant plus que nous savons peu de choses sur les législations de l'héritage dans l'Egypte antique. Mais Youssef rempli-t-il bien le profil d'un enfant à adopter? Son nom à lui seul trahit bien ses origines hébraïques. Il vient donc de ses lointains contrées désertiques, d'un peuple de nomades à la religion monothéiste bien différente de celle d'un Egypte fort confiante en la supériorité de sa civilisation, un peuple de bédouins qui sera réduit quelque temps plus tard à l'esclavage par un autre pharaon. Youssef , comme l'a dit l'ami Noreddine, était l'Etranger par excellence! comment penser dès lors à adopter un étranger qu'on aura à veiller sur sa conversion tant religieuse que linguistique.
Il est vrai, qu'un autre hébraïque, Moise, sera adopté par un autre pharaon, mais il était nourrisson, donc impossible de déterminer ses origines!

On est enclin à penser que ces deux raisons avancées pour justifier l'achat de Youssef ne sont que des alibis cachant des inclinaisons paternalistes inconscientes.
Cette hypothèse se confirmera si l'on analyse l'attitude du grand vizir découvrant le fait accompli, le scandale. Il n'a en rien la mine d'un mari blessé, trahi soit par sa femme soi par son protégé! Il agit sereinement en prenant le temps de mener des investigations et d'écouter l'avis et l'expertise de ce fameux logiciens égyptien. Quiconque à sa place, jouissant des pleins pouvoirs, emporté par la colère, aurait procédé à des décapitations!! :icon_pale: Zolikha ira même plus loin après la scène des femmes coupant leur mains. Elle déclara publiquement qu'elle a vraiment tenté de séduire son valet!! Encore une fois, Putiphar fera un profile bas.
Les aventures amoureuse des femmes étaient-ils à ce point tolérées dans la société royale de l'Egypte antique? On sait peu de choses sur les mœurs et sur le degré de libéralité d'antan. Mais on est au moins sur que Zolikha en agissant de la sorte ne semble en rien transgresser aucune norme sociale de vie conjugale ni aucun pacte tacite de vie sentimentale du couple marié.
Avouant tout de même que la sage attitude de Putiphar sera influencée par le réquisitoire fait par Zolikha. Elle parlera d'un mal intenté à des siens, et non d'une tentative de viol d'une mariée!
Ce sera l'objet de ma prochaine réponse, l'avant dernier volet de ma réponse.
A suivre
La passion contre les mathématiques
Je ne saurais insister davantage sur le raisonnement implacable construit par ce logicien égyptien. L'ami Noureddine l'a bien fait avant moi. Cet égyptien fut peut-être le premier expert légal dans l'histoire dont les tribunaux de l'ère moderne vont solliciter de plus en plus l'expertise..
Mais à force de surestimer l'exploit du logicien et de son raisonnement fait sur le mode du discursif, on risque de sous-estimer un autre raisonnement, non moins implacable, celui de Zolikha fait sur le mode de l'affectif!
La raison a beau reconstruire les faits et déterminer la réalité, elle reste au stade du constatif, c'est aux passions d'agir sur le performatif (faire ceci ou cela)
Je vais donc analyser cet autre logique, la logique passionnelle de Zolikha pour comprendre comment l'avis du logicien resta lettre morte sans aucun effet sur le verdict final du tribunal
Zolikha a été surprise par Putiphar dans une posture douteuse. Elle va tout de suite présenter un réquisitoire comportant un chef d'accusation:
Elle dit : “Quelle serait la punition de quiconque a voulu faire du mal à ta famille sinon la prison, ou un châtiment douloureux ? ”
D'abord, "a voulu faire": On est au stade du vouloir et de l'intention. Ça laisse imaginer une tentative qui a peut-être échouée! On ne peut juger la méditation de l'acte comme on juge le passage à l'acte!
Ensuite, c'est un "mal" ! Ce n'est plus une tentative de viol! Une atteinte à l'honneur d'une femme. Zolikha évite de nommer l'acte, de le circonscrire.. par pudeur, mais aussi peut-être par ruse. Elle se contente de le loger sous un qualificatif flou.
Enfin, cet outrage vise la famille, une personne morale, et non une personne physique. On ne manquera pas de noter à ce propos que quoique la scène ne comprenne que Youssef et Zolikha, celle-ci ne se présente pas comme la femme de Putiphar. Elle parle d'elle-même comme "l'un des siens"
L'acte est donc présenté d'une manière à en "diluer" la gravité. Elle évite de s'attirer ou d'attirer sur Youssef les foudres d'un mari en colère constatant une éventuelle trahison.
Quant aux peines requises par ce procureur improvisé, ils sont significatives: au premier chef on exige la prison, sinon un châtiment corporel douloureux. On ne peux plus indulgent! Mais n'oubliant pas qu'il ne s'agit que d'une intention d'un mal intenté à des siens. Plus tard, le tribunal retiendra la premiere des peines requises, Youssef sera incarcéré..
C'est bien une ruse de femmes, Conclura Putiphar. Or, comme nous venons de le voire, cette conclusion vaut pour l'acte lui-même que pour le discours relatant cet acte. icon_smile
A suivre
أين البقية ؟؟
où est la suite?x
العزيز عبد الغني
تحية تقدير وشكرا على المتابعة.
في الحقيقة، افتقدت مع الوقت طاقة المتابعة لإتمام الجزء الأخير من هذه القراءة، خصوصا وأن العزيز نورالدين الذي كنت أحاوره من خلال هذه القراءة متغيب عن المنتدى
ما دمت متابعا، سأتابع إكراما لك وللفاتنة.. زليخة Smile
مع خالص المودة warda
العزيز أبو حيان :
وأنا أيضا كتبت تعليقا لكنه طار بضغط زر طائش بعد أن أخبرتني زوجتي صليحة أن شاحنة نقل الأزبال على وشك المرور . من زليخة المغلوبة إلى صليحة المستبدة. ههههههههههه
ملاحظة : أستدرجك لإكماله لأني غير متفق معك في بعض النقط . ههههههههههه
mes salutations pour vous tous
j'exprime d'abord, mon admiration pour cette interprétation de ses versets coraniques de sourate "youssef"
j'ai une une petite observation à propos de l'expression ci-dessous:
abou hayan a écrit:
Et certainement il est la plus part du temps loin d'elle, auprès du pharaon assistant aux cérémonies et réceptions, supervisant les magasins, comptant les trésors, ou visitant les fortifications aux confins du royaume
je pense que l'utilisation du mot "pharaon" n'est pas précise, car le coran a employé le mot "rois" ce qu'est confirmé aussi par des historiens qui constatent que le prophète "youssef" est venu en égypte à l'époque des "hiksous" ,qui ne sont pas des égyptiens. c'est un peuple qui a conquis l'égypte pour une belle période, avant que les pharaons soient
revenus de nouveau au pouvoir. alors que pour le prophète "moise" le coran a utilisé le mot "pharaon".