منتدى الحِجاج

نسخة كاملة : Empreintes poétiques
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Chers Tous
Ce fil se veut un espace de poésie pour et par vous
Venez nombreux y laisser vos empreintes.
Bien à vous.

LOUIS ARAGON
Juste la prononciation de ce nom rappelle :

Premièrement : le stalinisme ou l’appartenance indéfectible de Louis Aragon à l’URSS comme communiste non déguisé,

Deuxièmement : le surréalisme dans lequel il s’est inscrit en compagnie de ses plus grands (Paul Eluard, André Breton etc…)
et enfin l’amour, autrement dit, Elsa épouse et amante, pour laquelle il a consacré une grande partie de son œuvre dans la plus pure tradition de l'amour courtois.

Né à Paris en 1897, il y mourût en 1982



Bonne lecture


Les Yeux d'Elsa
Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa
..
Bonjour à tous
Merci, Illis, d'avoir ouvert ce fil, à l'instar d'autres fils dédiés, ici sur le forum, à la poésie arabe, et de l'avoir introduit par ce magnifique poème de Louis Aragon qui est incontestablement l'un des plus grands noms de la poésie française moderne.
Je reviendrai assez souvent sur ce fil pour y déposer un petit commentaire, ou un poème de mon choix. Notre forum, Al Hijaj, fournit de plus en plus d'irréfutables preuves de sa convivialité, de son ouverture, et de la finesse de ses plumes.
Donc encore une fois, merci, Illis, de nous avoir invités à de si beaux partages.
Bien à toi

-- 11-06-10, 12:19 --

Bonjour
Attiré par le charme irrésistible d'Elsa Triolet, je ne peux m'empêcher de participer ici, en l'honneur de cette dame qui est devenue un mythique moderne, par le célèbre poème intitulé "Le Fou d'Elsa" où Aragon laisse sentir sa fascination par la poésie amoureuse arabe, et notamment par la célèbre histoire de Majnoun Leila. Aragon se veut un avatar occidental de Qaïss, il est à sa manière un Majnoun d'Elsa.


Je vous souhaite une belle lecture:

Le fou d'Elsa -1-

Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire .
<br /><br />-- 11-06-10, 12:26 --<br /><br />
Le fou d'Elsa -2-

Un espion de Castille franchissant le Djebel Cholaïr As-Sadj parvient au dessus de Grenade

Ô froide et brûlante à la fois pécheresse au corps de corail
Ville des Juifs aux mille et trente tours dans tes rouges murailles
Genoux talés percé d'aiguilles sourd de neige et l'âme en sang
Je te découvre et tes jardins d'amandiers à l'ombre du Croissant
Fille de Mahom sous ma robe j'apportais des clous
Et l'arbre du Vrai Dieu comme la lettre d'un amant jaloux
Te voilà terre philosophale à mes pieds d'où sort l'orange
Et j'ai peur maintenant de trop bien comprendre les Mauvais Anges
Séduit par l'attrait de l'enfer à retrouver l'Andalousie
Je suis envahi tout à coup par un parfum d'apostasie
Grenade à chair de violette et de jasmin dont le vent mène
A moi comme de bains publics une anonyme odeur humaine
Tel est le désir au ventre que j'ai de toi que je me dis
Que pour connaître la senteur du bois il faut une incendie
Et je ne te posséderai jamais autrement pour moi-même
Je suis l'émissaire d'un Roi chargé de te dire qu'il t'aime
Qu'il ira de force ou de gré te prendre bientôt dans ses bras
Te serrer dans ses jambes d'or tant que le ciel en saignera
Je ne vais pas te raconter ma longue et déplorable histoire
Et pourquoi je flaire le vent quand je longe tes abattoirs
Et de qui je suis le jouet Comment je ne m'appartiens plus
Car ma vie est derrière moi Seul m'obéir m'est dévolu
Il ne reste rien de ces jours ici qui furent ma jeunesse
Et l'écuelle est renversée où nul n'a bu le lait d'ânesse
Je suis le fruit tombé de l'arbre et l'objet de perversion
Taché talé honni jauni sali séché par le vent noir des passions
J'ai joué mon ciel et mon sang j'ai brûlé mes jours et mon ombre
J'ai payé d'une éternité la saison de mes plaisirs sombres
J'ai roulé l'image de Dieu dans la boue de l'ignominie
Et dans mon propre cauchemar c'est moi qui moi-même punis
C'est dans mon miroir que je lis le roman de mes propres crimes
Devenu mon propre bourreau devenu ma propre victime
Prisonnier de ce que j'ai fait prisonnier de ce que je fus
Et chaque pas m'est pour le pire à quoi je n'ai droit au refus
La calomnie est mon devoir la corruption mon système
Qui je veux perdre je noirci du fard de mes propres blasphèmes
Du stupre caché de mes nuits du sang que répandit ma main
Soldat de cette guerre affreuse où le mal est le seul chemin
Je suis venu voir ici le défaut des murs les lieux d'échelle
Et dans l'âme des gens la brèche et l'heure où dort la sentinelle
Il faut sonder le désespoir frapper où l'homme sonne creux
Qui tremble perdre sa richesse ou celui qui est malheureux
Faire lever l'ambition dans les pâtures subalternes
Semer au créneau l'incrédulité soudoyer la poterne
J'épongerai l'étoile au ciel je couperai sa gorge au cri
Et seuls les chevaux remueront vaguement dans les écuries
Mais vertige de ta beauté quand j'ouvre ta ceinture d'arbres
Je trahis mon maître et la Croix dans tes cours d'ombrage et de marbre
Je perds le Dieu de mon baptême à l'eau fraîche de tes vergers
Sur la musique de mon c?ur il n'est plus que mots étrangers
Sur les pentes du Cholaïr je suis comme l'infant Sanchol
Qui rasa sa tête et changea pour Chandja son nom d'Espagnol
Pour cela nul ne sait quel fruit parricide il avait mordu
Ni si vraiment c'est pour quelques maravédis qu'il s'est vendu
Moi c'est une façon de langueur qui corrompt l'air de ma narine
Mon ombre n'est plus sur mes pas mon c?ur n'est plus dans ma poitrine
Seigneur mon Dieu pardonnez-moi de vous préférer ce vin doux
Et le parjure est sur ma langue et je vous renonce à genoux
Et je frémis comme l'incestueux dans les bras de sa mère
Car cela ne se peur terminer que dans une terre amère
La jouissance même est pour lui sa honte et son dénuement
De quelque côté qu'il se tourne il y trouve son châtiment
Et je suis pire que celui qui profane sa propre souche
Moi qui trahis ma trahison et qui mens à ma propre bouche
En désaccord l'âme et la main par une infâme comédie
Mêlant la mort et le baiser les péchés et le paradis
Déjà je vois la gorge à l'air rouler dans d'autres bras la ville
Et de sa chair il adviendra comme de Cordoue et de Séville
Où les paroles du Coran se barrent de mots en latin
Et chaque rue ivre et sanglante est devenue une putain
Que baisent des soldats heureux proférant des jurons étranges
Pour qui toute nuit désormais aura le parfum de l'orange
Ils promèneront avec eux un carnaval de dieux géants
Et le suaire et la cagoule et le feu pour les mécréants
Ils installeront leur chenil au seuil des palais almohades
Et mettront leur linge à sécher sur le visage de Grenade
Cher Professeur Noureddine,
Chère Illyse
Chers Hijajistes
Bonsoir
c'est une très bonne initiative de votre part ma belle, et pour ça je devrai vous remercier puisque vous m'avez offert la chance de partager -avec vous sans doute- la douceur de la lecture

j'ai déjà lu " les yeux d'Elsa" d'Aragon, et je veux juste ajouter que la soirée du 6 novembre 1928 a été la début d'un amour fou, et les oeuvres de Louis Aragon sont vraiment une glorification de l'amour.

Un grand merci à Mr Noureddine qui m'a offert la chance de lire et de goûter la lecture de "fou d'Elsa" que je n'ai jamais lu.

e puisque vous avez parlé de l'amour vous m'avez rappelé un poème de Victor HUGO le poète que je l'aime le plus...

ce poème s’intitule : " jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir"


jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir
où la femme coquette et belle aime à se voir,
et, gaie ou rêveuse, se penche;
puis, comme la vertu, quand il a votre coeur,
il en chasse le mal et le vice moqueur,
et vous fait l'âme pur et blanche;

puis on descend un peu, le pied vous glisse...-Alors
c'est un abîme! en vain la main s'attache aux bords,
on s'en va dans l'eau qui tournoie! -
l'amour est charmant, pur, et mortel. N'y crois pas!
Tel l'enfant, par un fleuve attiré pas à pas,
S'y mire, s'y lave et s'y noie

merci chère Illys, Mr Noureddine , et je vous demande SVP de pardonner mes fautes...puisque moi j'essaie de bien maîtriser la langue autant que possible.

je vous souhaite une très bonne journée
au revoir mes chers hijajistes warda
Le déserteur
Boris Vian
1953

Boris Vian (1920-1959) a écrit ce poème en 1954 pour protester contre les guerres coloniales menées par la France à cette époque.
Le hasard a voulu que ce même poème soit interprété par Mouloudji le 7 mai 1954, jour de défait de la France dans sa guerre en d’Indochine.
Une année plus tard le conseiller municipal de paris obtient son interdiction de passage sur les ondes.
Boris Vian rédige alors une lettre mémorable qu'il diffusa partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber (Conseiller Municipal de Paris), dont voici des extraits:
« Ma chanson n'est nullement antimilitariste mais, je le reconnais, violemment pro civile. »

« D’ailleurs mourir pour la patrie, c’est fort bien ; encore faut-il ne pas mourir tous – car où serait la patrie ? Ce n’est pas la terre –ce sont les gens, la patrie. Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l’on est censé défendre – et les soldats n’ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée .»


Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir

Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens

C'est pas pour vous fâcher
II faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter.

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants

Ma mère a tant souffert
Qu'elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers

Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens

Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir

S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer


Bien a vous
.
Merci Illis pour ce choix incontestable. En effet, c'est l'un des poèmes engagés les plus beaux et les plus célèbres de notre époque où Boris Vian a mis les meilleures fleurons de sa couronne. Il figure heureusement aux programmes des secondaires, fondamental et qualifiant. Enfin nos enfants accèdent à la belle poésie

-- 13-06-10, 02:56 --

J'allais oublier de remercier la petite princesse de son choix warda
J'apprécie beaucoup ses jolis cadeaux. Et je crois que tout le monde ici sur le forum est également très satisfait des belles prestations de la chouchou de Hijaj. Donc un Grand Merci
<br /><br />-- 13-06-10, 03:41 --<br /><br />
Barbara


Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert
Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c'est le mystère de toutes les choses.


Federico Garcia Lorca

Né à Grenade (Espagne) le 05/06/1899 ; Mort à Grenade (Espagne) le 19/08/1936 fusillé par les franquistes.


CHANSON D'AUTOMNE


"Aujourd'hui je sens dans mon coeur

"Un vague frisson d'étoiles,

"Mais mon sentier se perd

"Dans l'âme du brouillard.

"Le jour me tranche les ailes,

"La douleur et la tristesse

"Submergent mes souvenirs

"Dans la source de l'idée.



"Toutes les roses sont blanches,

"Aussi blanches que ma peine;

"Ces roses n'étaient pas blanches,

"Mais il a neigé sur elles

"Qui étaient couleur d'iris.

"Il neige aussi sur nos âmes.

(...)

"Fondra-t-elle cette neige,

"Quand la mort viendra nous prendre ?

"Connaîtrons-nous d'autres neiges,

"D'autres roses plus parfaites ?

"Sur nous la paix viendra-t-elle ?

(...)

"Si l'espérance s'éteint,

"Si Babel se recommence,

"Quelle torche éclairera

"Nos chemins sur cette terre ?

(...)

"Si la mort est bien la mort,

"Que deviendront les poètes

"Et les choses endormies

"Dont personne ne se souvient ?

"Ô soleil des espérances !

"Eau claire ! Lune nouvelle !

"Fraîcheur des petits enfants !

"Âme rude de la pierre !

"Aujourd'hui je sens dans mon coeur

"Un vague frisson d'étoiles

"Et toutes les roses sont

"Aussi blanches que ma peine."


Amitiés
Boris Vian كتب :« Ma chanson n'est nullement antimilitariste mais, je le reconnais, violemment pro civile. »

« D’ailleurs mourir pour la patrie, c’est fort bien ; encore faut-il ne pas mourir tous – car où serait la patrie ? Ce n’est pas la terre –ce sont les gens, la patrie. Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l’on est censé défendre – et les soldats n’ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée
Voilà un des plus beau éloge de la vie, des civlis, de la civilité, et de la civilisation
Voilà un des plus verulant requisitoire contre la mort gratuite, fut-elle nommée patriotisme

Merci Ellice
[dir=ltr]salut tout le monde
la chère Illyce nous apporte toujours des trèsors telles ces beaux poèmes
et puisque vous évoquez Lorca, je voudrai bien ajouter quelque chose:
Federico Garcia Lorca parcourut l'Espagne avec une troupe théatrale:" La baraca" afin de faire connaître au peuple la richesse culturelle de son pays ; mais cette troupe a concerné aussi de la musique et la peinture.
et après la guerre civile il est devenu un véritable symbole, artiste populaire victime de la force fasciste.
et le poème que j'ai apporté maintenant et un poème où il évoque -comme à son habitude- l'univers magique des Gitans, s'opposant totalement à notre monde moderne et matérialiste.
j'ai déjà eu la chance de lire ce poème en Espagnole "la Monja gitana" ou "La Nonne gitane" en Français.Et la voilà
[/dir]
.


La Nonne gitane



calme de myrte et de chaux
Mauves dans les herbes fines
Elle brode des violiers
sur la toile jaune vif.
Dans le lustre gris voltigent
les sept colibris du prisme.
L'église grogne là-bas
comme un ours ventre au midi.
quel fin travail! quel grâce!
Mais sur la claire batiste
la nonne aimerait border
des fleur de sa fantaisie.
Quels soleils! Quels mangnolias
de rubans , de pierreries!
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l'office!
Dans la cuisine prochaine,
cinq oranges se confisent.
Les cinq blessures du Christ
ouvertes en Almérie.
Dans les yeux de la brodeuse
vont deux cavaliers agiles.Une ultime rumeur sourde
lui décole la chemise.
A la vue des monts lointains
sous les nuées immobiles,
il lui semble que son coeur,
sucre et verveine, se brise.
Oh,quelles plaines debout
Sous vingt soleils qui scintillent,
quelles rivières cabrées
entrevoit sa fantaisie!
Mais elle brode toujours,
tandis que, droit dant la brise,
le soleil joue aux échecs
sur la haute jalousie.


A bientôt
Bonjour les amis

Et merci Illis, Petite Princesse et cher Abou Hayan de vos vos échanges si fructueux.
Aujourd'hui j'ai choisi pour vous un nom qui a su se faire respecter, se faire apprécier, se faire aimer. Un nom d'un grand poids politique, et d'une grande beauté poétique. Un nom d'une renommée désormais légendaire, que l'on ne peut pas ne pas admirer. C'est le poète par excellence de la négritude, le précieux Léopold Sédar Senghor.

[marq=left]Femme noire[/marq]

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais
lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux
flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta
peau.

Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire

A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains

de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les
racines de la vie.


Extrait de
" Œuvres Poétiques"
Le Seuil
Bonsoir

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

LIBERTE
[/b
]

[b]
Paul Eluard
1948
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